01/04/2005
Poire
Mon poirer se réveille doucement,
L'avant est plus émouvant que l'après,
L'après décisif de la suite,
D'une suite anarchique.
Il me regarde de son regard vert.
Un regard goguenard
Il semble me dire qu'il est toujours là.
J'aurais bien envie de lui parler
De lui demander s'il a bien hiberné
Mais je suis observé bizarrement
D'un drôle d'oeil, d'un oeil sévère,
D'un air de se demander.
Alors, je me tais.
Et photographie.
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20/02/2005
Rendez-vous
L’aube déclinait doucement à l’horizon, chacun avait fait comme il avait pu pour supporter ce long voyage marin sur une caravelle luxueuse. Le brouillard épais de la nuit laissait finalement la place à un soleil encore timide, à un soleil qui éprouvait encore de l’hésitation en montrant une lueur blafarde, cette espèce de lumière qui oscille entre le doute d’une désolation et l’espoir d’une belle journée lumineuse.
Mais l’événement était de taille. Pour cette occasion, la princesse était venue avec tous ses serviteurs, en grand boban. Elle paraissait ce matin là d’une humeur massacrante. Toute la nuit, elle avait montré une rare mauvaise foi qui avait atteint le moral de l’équipage. Bien sûr, elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit, elle qui ne supportait pas la mer, avait subi cette eau lugubre et sombre qui avait défilé devant elle, et, pour se venger de ce détestable voyage, elle rendait sa fureur sur toutes les ombres qui passaient devant elle.
L’arrivée pourtant, la détendit un peu. Quand elle aperçut cet édifice blanc, d’une architecture magnifique, elle se tut enfin. Elle admirait ce palais, elle ressentait l’impression qui s’en dégageait et la laissait sans voix. Petites, Toutes deux y avait habité et sa sœur était restée là depuis toujours, mariée à un riche bourgeois. C’était là le lieu de repos de la princesse, là où elle se régénérait, le lieu où ses souvenirs d’enfance se rappelait à sa mémoire avec une extraordinaire précision.
En descendant du bateau, sa sœur vint hâtivement à sa rencontre, ellesne pensaient toutes deux qu’au formidable événement qui les attendait. Cet événement n’avait lieu qu’une fois par an et rien qu’en pensant à ce qui les attendaient, elles piaillaient, se prenaient dans les bras, gesticulaient, riaient comme deux enfants, sautaient même de joie, s’embrassaient. La princesse avait déjà oublié ce long voyage éprouvant. Ce qu’elle allait vivre effaçait le reste.
Puis, après avoir passé l’euphorie du moment, il était temps d’y aller. En se rendant à pied au palais, un silence se fit, seules les pensées se concentraient sur l’acte imminent, sur l’objet de la visite. Le silence étant un peu lourd, la princesse ne put s’empêcher de l’évoquer :
- Alors, tu es en forme pour cette partie de p’tit chevaux ?
10:40 Publié dans Le récit de la semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature
03/02/2005
Le chant interrompu
Irène n’était point trop malheureuse quand elle chantait. Pendant ses vocalises, elle s’échappait miraculeusement de ce monde qu’elle trouvait décidément trop masculin. Elle était promise à un duc qu’elle exécrait de toutes ses forces.
Elle s’était installée à une table de chêne qui étaient destinée habituellement aux agapes estivales. Comme d’habitude, avant d’exercer ses cordes vocales, elle regardait distraitement le paysage de vallons qui s’offraient à elle, devant ses yeux qui, disait-on, étaient malicieux.
Elle en était là de ses rêveries indispensables, quand un homme vint la trouver d’un pas léger et fort doux. Il la prit doucement par l’épaule, sans brusquerie aucune, comme pour s’excuser de devoir interrompre le cours de ses pensées. Malgré tout, elle sursauta nerveusement, elle détestait qu’on la surprenne et qu’on l’arrêta dans ce qu’elle considérait comme son meilleur moment, le seul de la journée qu’elle exigeait, qu’elle s’octroyait. C’était un de ses moments délicieux, un de ces moments rares et fugaces, presque palpables où le corps et l’esprit se mêlent jusqu’à ne faire plus qu’une harmonie surprenante.
Elle était seule et n’avait pas besoin de façade. C’était là aussi qu’elle se sentait la plus fragile. Elle s’était comme d’habitude en pareille occasion, mise à l’aise, avait dégrafé pudiquement son corsage. Son chien, qui n’avait cure du monde des hommes, se tenait coi à ses côtés.
Son père l’interrompit, lui proposa par obligeance une rasade de vin un peu aigre et lui demanda avec une fermeté paternelle de rejoindre le duc, ce duc promis, son futur mari qui arrivait à l’instant et qui la réclamait. Elle en resta toute muette et furieuse en même temps, se sortit douloureusement et pleinement de ses pensées, se leva avec peine et partit, résignée, sur le chemin de son avenir déjà terne.
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